Interview Le Parisien : « La gauche est prisonnière des technos »

Interview Le Parisien – 22/04/13- Propos recueillis par E.H.

Malek Boutih dénonce la place prise par les experts dans les arcanes du pouvoir, au détriment des politiques.

Les députés PS ont le blues, pourquoi ? MALEK BOUTIH. Nous sommes en difficulté dans l’opinion, qui ne comprend pas notre action. L’argument selon lequel il n’y aurait qu’une seule politique possible n’est pas recevable. Nous ne sommes entendus aujourd’hui qu’à travers la lutte contre les déficits. Comme si le discours des experts se suffisait à lui seul. Il faut redonner la parole aux parlementaires.

Certains de vos collègues dénoncent le pouvoir grandissant des technocrates ? Oui. Un petit cercle de technocrates traverse les alternances et maintient ses dogmes, notamment en matière économique. On en trouve par exemple au Trésor. Or ce sont eux qui nous mènent dans le mur. C’est comme si la parole politique était interdite et que seule la parole des « technos » avait autorité. La gauche en est prisonnière pour l’instant.

En quoi vous gênent-ils ? Avec les technos, les meilleures volontés conduisent à l’ensablement. Ils imposent des visions que nous ne constatons pas sur le terrain. Le meilleur exemple, ce sont les emplois d’avenir, qui ne décollent pas. Les technos les ont assortis de tellement de critères que ces emplois ne sont pas pourvus, alors même que le chômage des jeunes monte en flèche. Plusieurs députés avaient pourtant prévenu. Mais, que voulez-vous, une parole d’expert, ça vaut dix fois plus…

Ils sont parfois utiles, non ? La gauche a besoin de leur expertise, mais ils en font trop. Que les technos aient le dernier mot, ça pose un problème. Ce n’est pas à eux de rendre les arbitrages.