Delphine Batho démissionnée : une décision autoritaire qui ne ressemble pas à la gauche

LE PLUS. L’ex-ministre de l’Écologie a été démissionnée après avoir critiqué le montant du budget de son ministère. Pour Malek Boutih, député de l’Essonne, cette décision de Jean-Marc Ayrault et François Hollande n’a pas de sens. Au-delà, elle statue sur une rupture claire entre deux générations politiques.

Édité par Henri Rouillier – Le Plus Nouvel Obs 

Delphine Batho, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, vient de se faire démissionner. Au-delà de la sympathie personnelle que j’ai pour la femme politique, pour la militante, je crois qu’il faut s’interroger sur la portée de cet acte.

Manifestation d’une violence politique


À mon sens l’éviction de Delphine Batho est l’expression d’une violence politique. On sait bien que la violence est d’abord la marque de l’impuissance, celle que peut ressentir un premier ministre de gauche un an après l’élection avec un chômage record, huit élections partielles perdues et une base populaire déçue. Cette mise à l’écart est un acte de discipline, rien ne sert d’y chercher une sanction aux racines trop profondes, le résultat d’un présumé échec : c’est un acte d’autoritarisme, prenons-le comme tel.

Des zélateurs féliciteront l’autorité retrouvée d’un Premier ministre que l’on a si souvent dévoyé comme un « mou ».

Je ne fais pas partie de ceux-là, n’en déplaise aux défenseurs de l’ordre patriarcal et du pré-68, je le dis haut et fort : la rhétorique autoritaire ne sied pas à la gauche. La petite musique de la discipline budgétaire de Bruxelles, de la discipline de vote, de la discipline gouvernementale, a fait son temps. Le pas est franchi quand on ne peut plus exprimer une divergence sans s’exposer à l’opprobre. Notre pays bruisse d’un appel à la liberté, il serait temps de lui donner écho.

Or c’est la démonstration inverse qui vient de lui être offerte. Je crois pour ma part qu’il est possible de se faire obéir sans commander et j’ose penser la politique comme le lieu du débat, de la remise en question. S’il faut en revenir aux classiques, je suis tenant d’une démocratie au sens d’Aristote, où le discours délibératif a un rôle en politique, où de la discussion émerge la décision.

Rupture générationnelle


Or qu’avons-nous ici ? Une ministre de l’Écologie qui défend son budget. On parle d’un crime de lèse-majesté…

Quand on sait qu’il a fallu au même gouvernement plus de deux mois pour demander le départ d’un ministre du Budget présumé corrompu, pour qui je le rappelle les adieux ont été plus que cléments, on s’étonnera du sort réservé à une jeune ministre trop âpre à défendre une véritable politique environnementale.

Pour finir, il me semble que nous regardons aujourd’hui la mise en scène d’une rupture générationnelle : pour une partie de la classe politique vieillissante, c’est la découverte d’une génération de militants, qui a grandi dans l’insoumission, s’est nourrie au combat politique.

Delphine Batho a été une responsable d’un mouvement de jeunesse, elle connaît les batailles, elle s’est affrontée au pouvoir même quand celui-ci revêtait les habits de son propre camp. Elle est de ceux qui n’ont pas rencontré la désillusion, qui rêvent de transformation, qui ont voulu la gauche au pouvoir pour défier la droite et ses restrictions budgétaires.

Cette génération-là ne confond pas solidarité et servilité, soyons-en fiers ! Delphine Batho n’est pas une Electre qui regarde la ville brûler, c’est une responsable politique qui a décidé de ne pas participer à l’incendie, je la félicite pour son courage.