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Malek Boutih, rebelle professionnel

Interview Le Parisien – Florence Méréo – 06 février 2014

Après une nouvelle sortie choc contre le Premier ministre, le député PS de l’Essonne a encore affiché sa singularité cette semaine en mettant son propre parti dans l’embarras au sujet des municipales à Grigny. Portrait.

Grigny, lundi. «C’est le PS qui m’a demandé de venir, après la défaite du 21 avril 2002, à la direction du parti. Tout le monde savait que je n’étais pas du genre à me taire et à baisser la tête. J’ai une autorité, une indépendance inébranlable. Et comme j’apporte des choses sur le fond, je reste audible», estime Malek Boutih.

Un « rappel aux règles » du parti. En langage courant, à peine une tape sur la main. C’est ce dont a écopé lundi matin Malek Boutih, après sa convocation par le patron du PS. Le député socialiste de la 10 e circonscription de l’Essonne (Grigny – Sainte-Geneviève) n’y est pourtant pas allé avec le dos de la cuillère ces derniers temps. Habitué aux prises de position tonitruantes, l’ancien président de SOS Racisme a récidivé avec sa nouvelle « cible », le Premier ministre en personne. Après avoir appelé à son remplacement en novembre dernier, l’élu de 49 ans a estimé que Jean-Marc Ayrault était « un peu le poids mort de la majorité ».

Mais Malek Boutih est-il allé trop loin ce lundi après-midi, cette fois sur le terrain essonnien ? Son dernier fait d’armes : affirmer haut et fort que le Parti socialiste a décidé de ne pas trancher entre le candidat qu’il soutient pour les élections municipales à Grigny et la chef de file locale des socialistes, son ex-rivale aux législatives Fatima Ogbi, qui s’est rangée derrière le maire PCF sortant (lire par ailleurs). Une ville qui bénéficie d’un accord entre le PS et les communistes. « Il est entré en dissidence. Il s’est exclu de lui-même », affirme un membre de la direction du PS.

Pas si sûr. Car Malek Boutih a su au fil des ans se construire un statut à part au Parti socialiste et être là où personne ne l’attend. Gosse des cités sensibles où il a grandi et où il a développé une polio handicapante, ce fils d’immigré algérien a dû arrêter tôt ses études. De son militantisme associatif, né lors de la Marche pour l’égalité de 1983 et poursuivi à SOS Racisme, découle son engagement politique.

« Je suis un accident dans l’histoire politique. Je n’étais pas prédestiné à en arriver là », assure-t-il. « Là », c’est l’Assemblée nationale. Une place qu’il a conquise en juin 2012 après avoir infligé un KO à son ex-pote et mentor Julien Dray. Une guerre fratricide sur fond de coups bas réciproques et dont l’armistice n’a toujours pas été sonné. « En voulant Grigny, il met à mort les derniers drayistes », note un responsable PS, rappelant que Fatima Ogbi n’était autre que la suppléante de Julien Dray.

Dray, Ayrault, Ogbi et les autres. Peu sont épargnés par le ton toujours calme, mais tranchant du rebelle Boutih. L’intéressé assume. « C’est le PS qui m’a demandé de venir, après la défaite du 21 avril 2002, à la direction du parti. Tout le monde savait que je n’étais pas du genre à me taire et à baisser la tête. J’ai une autorité, une indépendance inébranlable. Et comme j’apporte des choses sur le fond, je reste audible », estime-t-il.

« Il a un profil d’agitateur. Il enchaîne les attaques d’individu car il sait que ça fait tendre les micros et que ça occulte son manque de travail, tacle Fatima Ogbi. A Grigny, il veut redresser la copropriété dégradée. D’accord. Mais où sont ses amendements dans la loi qui vient de passer sur le logement ? Je n’en ai trouvé aucun ». Un autre membre du parti va plus loin et interroge. « Quels dossiers Malek Boutih a-t-il en main pour pouvoir dire ce qu’il veut à qui il veut, sans ne rien risquer alors qu’il est complètement isolé au sein du PS ? »

« Aucun ! La loi du silence et le chantage, très peu pour moi, répond l’intéressé. Isolé ? Jean-Marc Ayrault a demandé deux fois mon exclusion du groupe PS. Il ne l’a pas eue. Ce qu’on voit, c’est Malek Boutih, partie immergée de l’iceberg. Je n’appartiens à aucun courant mais j’ai mes réseaux et suis utile », clame le proche d’Arnaud Montebourg, qui se qualifie d’« hybride de la politique ».

Une posture qui en surprend beaucoup. En agace bon nombre, mais en séduit bien d’autres tant elle semble spontanée. Le maire PS d’Evry, Francis Chouat, pourtant ancré dans la ligne gouvernementale, fait la synthèse. « Ses jugements sont radicaux, excessifs, injustes même. Malek Boutih est un écorché vif qui considère qu’il n’a pas besoin d’être dans la retenue quand il s’exprime. Mais cela ne doit pas cacher sa singularité. Il détonne à gauche. Il apporte un regard non policé et sans compromission sur les cités, l’immigration, la délinquance, la sécurité. Il a un hyperréalisme des situations qui fait bouger les lignes ».

La forme pourrait-elle condamner les portes du PS à l’élu iconoclaste ? « Je ne crois pas. Ou disons, peut-être, corrige le député. Mais je n’obéis pas à la discipline pour le plaisir d’obéir. Sinon, je me serai engagé dans l’armée ».

Un habitué des phrases chocs

8 mars 2011 (le Parisien) : « Le PS aussi est responsable de la montée du FN. »

Février 2012 (le Parisien) : « Julien Dray est un primo-délinquant. » 21 mars 2013 (le Parisien) : « Il y un aveuglement de la municipalité de Grigny sur les questions de violence. »

17 juin 2013 (le Parisien) : « J’essaie de garder mon indépendance, ce qui me vaut de l’hostilité de la part de certains ministres, notamment celle des sports. »

4 juillet 2013 (le Plus) : « Delphine Batho démissionnée, c’est un acte d’autoritarisme, prenons-le comme tel. »

17 juillet 2013 (le Parisien) : « En France, les Roms, les Tziganes, les gens du voyage sont traités comme des animaux. Ça suffit de chasser, cacher, maltraiter ces populations. (…) Le responsable de ce problème, c’est le ministre de l’Intérieur, mais pas seulement. »

30 juillet 2013 (le Parisien) : Malek Boutih pose torse nu pour soutenir les Femen et notamment Amina, une jeune Tunisienne emprisonnée : « C’est le silence de ceux qui détournent le regard face à ce qui se passe qui est indécent. Le gouvernement ne dit rien sur Amina, pourquoi ? »

12 novembre 2013 (le Parisien) : « Il faut remplacer le Premier ministre d’urgence. »

24 janvier 2014 (Talk Orange-Le Figaro) : « Jean-Marc Ayrault est un peu le poids mort de la majorité. »

Grigny : Malek Boutih réclame un sursaut du gouvernement pour les Roms

Le Parisien par Florence Méréo | Publié le 17 juillet 2013

150 personnes sont installées depuis cinq mois au cœur de la copropriété de Grigny 2

L’eau, c’est de l’autre côté de la route, à la borne incendie, qu’ils doivent aller la chercher. Mais le pire ces jours-ci, déplore Baronita, 42 ans, c’est la chaleur. Dans les baraquements de fortune du campement rom au cœur de la copropriété de Grigny 2, le thermomètre frôle parfois les 40 °C. Alors hier, les 150 personnes installées illégalement ici depuis cinq mois, venues pour la plupart après leur expulsion de Ris-Orangis, ont accueilli avec enthousiasme le député (PS) de la circonscription, Malek Boutih. « Je suis venu vous dire que moi aussi j’ai grandi dans un bidonville. J’ai passé les premiers mois de mon existence dans celui de Nanterre, avec les enfants d’immigrés algériens. J’y ai été malade (NDLR : il a contracté la polio à 9 mois), alors j’exige que les pouvoirs publics s’occupent mieux de vous », a lancé l’élu qui estime que les Roms de France, les Tziganes et les gens du voyage sont traités « comme des animaux ». « Ça suffit de chasser, cacher, maltraiter ces populations. »

Une faute que le député assigne à l’ensemble du gouvernement. « Le responsable de ce problème, c’est le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, mais pas seulement. Pour qu’il puisse s’en sortir, il faut que d’autres ministères prennent avec lui leurs responsabilités, que ce soit celui de l’Education, la Santé ou les Affaires sociales. » Malek Boutih vient d’écrire au préfet pour lui demander des solutions et veut « le plus vite possible » un raccordement en eau. « S’il faut écrire au président, je le ferai » a-t-il promis aux Roms. Des annonces qui interviennent sûrement trop tard. Le 27 août, une assignation en référé, à la demande de la mairie, décidera du sort des Roms de Grigny.

Interview de Malek Boutih dans Le Parisien Essonne

« Il y a un aveuglement de la municipalité de Grigny sur les questions de violence »

INTERVIEW : Malek Boutih, député PS de la 10e circonscription, après l’attaque du RER D

FLORENCE MÉRÉO | Publié le 21 mars 2013

Malek Boutih regrette qu’il n’y « ait pas d’action de sensibilisation, de lutte contre la délinquance à la Grande-Borne ». (LP/Philippe de Poulpiquet.)

Il ne décolère pas. Parce que l’attaque d’une rame de RER samedi soir à la gare de Grigny va, selon lui, stigmatiser et fragiliser encore un peu plus la population. Mais aussi parce que ce nouveau fait divers est, selon le député socialiste Malek Boutih, « révélateur » de « dysfonctionnements » dans la gestion de la sécurité des habitants. Dans sa ligne de mire : l’équipe municipale menée par le maire PCF, mais aussi ses adjoints socialistes.

Vous dîtes vouloir pointer des responsabilités. Lesquelles?

MALEK BOUTIH. Personne ne porte la responsabilité, si ce n’est leurs auteurs, des agressions en elles-mêmes. En revanche, cet acte de violence est révélateur de l’aveuglement de la municipalité sur les questions de violence. Sa résistance, notamment aux questions de vidéosurveillance, mène à ce genre d’incidents.

Mais Grigny 2 est équipée en vidéosurveillance, 185 caméras exactement…
Je parle d’une manière générale dans la ville. On sait bien que certains regroupements se créent en amont, à la Grande-Borne. Or la municipalité s’y oppose dans ce quartier. Cela peut remettre en cause les projets d’investissement pour les transports. Récemment, des femmes se sont fait agresser et dépouiller aux feux rouges, à la Grande-Borne. Avec la vidéosurveillance, ça aurait pu être différent. Au-delà, il n’y a pas d’action de sensibilisation, de lutte contre la délinquance.

Qui accusez-vous à la mairie? Car si le maire n’est pas de votre bord politique (Philippe Rio est communiste), plusieurs de ses adjoints sont socialistes, comme vous!
Une partie des adjoints PS couvre l’inaction de la municipalité. Ils utilisent la violence pour toujours demander plus de moyens à l’Etat sans essayer de regarder ce qu’eux pourraient mettre en place pour la combattre.

Les socialistes distribuaient pourtant des tracts à la gare mardi pour dénoncer l’attaque et demander un commissariat à Grigny…

Je regrette cette initiative. On est dans la sempiternelle chanson de « l’Etat est méchant ». Je suis pour un commissariat de plein droit à Grigny, mais si les élus mettaient en place une vraie politique jeunesse, ils seraient plus légitimes pour le réclamer et l’obtenir.

A un an des municipales, est-ce une façon de dire que vous voulez qu’une liste PS indépendante soit présente au premier tour face au PCF?

Le débat est lancé. La population veut du changement. Si je vois que toute la gauche municipale s’active, je n’aurais pas de raison de ne pas la soutenir. En revanche, je n’exclus aucune option. D’autres acteurs doivent être impliqués.

Que proposez-vous pour lutter contre la violence?

Associer les parents, indispensables pour détecter les actes de délinquance dès le plus jeune âge. Je réfléchis à la création d’une école de parents, avec des cycles tout au long de l’année. C’est très dur, en particulier au sein des familles monoparentales ou maîtrisant mal la langue française, de savoir comment enrayer un processus. Grâce à des associations, l’institution scolaire, ils pourraient être épaulés, conseillés, aidés. Par exemple, que faire lorsqu’ils voient que leur jeune enfant rentre avec un téléphone qui ne lui appartient pas? Il faut les remettre au cœur de toutes les actions pour redonner une chance à ces milliers de jeunes.

La gauche essonnienne derrière Harlem Désir

Par Florian Loisy pour le Parisien – Publié le 24/09/2012

Un grand sourire. De franches accolades. Harlem Désir, le probable futur patron du PS, est venu en « ami » hier à Sainte-Geneviève-des-Bois pour fêter la rose. A la salle du Champ-de-Foire, tous les militants socialistes du secteur, ainsi que les principaux élus, ont accueilli chaleureusement celui qui occupe déjà le fauteuil laissé libre par Martine Aubry — et qui devrait être confirmé à ce poste le 18 octobre.

Une guest star de choix pour cette réunion de rentrée entre sympathisants de gauche. « J’ai prévu de faire le Tour de France dans les prochaines semaines, et je suis content de commencer par Sainte-Geneviève où j’ai quelques amis proches, lance l’ancien chef de file de l’association SOS Racisme. J’ai longtemps milité avec Olivier Léonhardt. Et Malek Boutih était engagé avec moi à mes débuts de militant. »

L’homme du jour

Le maire PS de Sainte-Geneviève et le député de la circonscription ne cachent pas leur joie non plus. « Harlem, c’est quelqu’un qui parle bien, qui a un bagage important, mais qui reste avant tout près des associations, de la base », indique Olivier Léonhardt aux habitants venus discuter avec l’homme du jour. « On voulait aussi profiter de l’occasion pour dire merci pour l’allocation rentrée et pour le blocage des prix de l’essence, reprend Malek Boutih. Ici, dans cette circonscription populaire, ces euros gagnés, ça compte. »

A côté d’eux, David Derrouet, le maire PS de Fleury-Mérogis, déclare officiellement son soutien à la candidature de Harlem Désir au poste de premier secrétaire du PS. Michel Pouzol, député de la circonscription Brétigny-Dourdan, Francis Chouat, maire d’Evry, et Carlos Da Silva ont également fait un détour par la salle du Champ-de-Foire, pour discuter avec le patron du PS et remercier les militants socialistes des derniers résultats électoraux.