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Interview Le Parisien : « Le PS est à la fin d’un cycle »

FAIT DU JOUR. En apportant son soutien, mercredi matin, à Emmanuel Macron, Manuel Valls s’est attiré, dans son propre camp, nombre de critiques, entérinant ainsi la scission du PS.

Soutien de Manuel Valls, le député de l’Essonne Malek Boutih estime que le PS doit changer en profondeur afin de redevenir un parti de gouvernement.

Le Parti socialiste peut-il survivre à cette élection présidentielle ?

MALEK BOUTIH. Tirer un trait tout de suite sur le PS serait une erreur. Ça n’est d’ailleurs pas ce qu’a fait Manuel Valls. Il s’est exprimé en faveur d’Emmanuel Macron pour défendre le pays contre le danger Le Pen. Mais c’est vrai que le parti est aujourd’hui au pied du mur. Le PS doit comprendre qu’il ne peut plus rester dans l’ambiguïté. Ce n’est pas l’élection présidentielle qui le met en difficulté mais des années d’immobilisme.

Qui est responsable de ce qui arrive à votre famille politique ?

Les deux premiers secrétaires du parti de 2002 à 2012. Je me souviens du discours de François Hollande sur la refondation après le choc du 21 avril. Cette reconstruction n’a jamais eu lieu. Quant à Martine Aubry, elle n’a pas été capable de donner au parti la force et la dynamique nécessaire. On s’est rendu compte que la machine était plus forte que les individus.

Y a-t-il, de fait, 2 gauches irréconciliables aujourd’hui ?

Ce qui est irréconciliable, c’est la gauche de gouvernement et la gauche d’opposition. Je remarque que Benoît Hamon n’évoque jamais une possibilité de victoire, c’est dire le défaitisme qui l’habite ! Jean-Luc Mélenchon est en train d’absorber son électorat et donc de le marginaliser. Le PS doit avoir une ligne moderne de gouvernement sinon il n’a plus d’espace politique dans la société française.

Le parti hérité de François Mitterrand au congrès d’Epinay est donc voué à disparaître ?

Le compromis à tout prix a vécu. C’est l’effondrement de Benoît Hamon dans les intentions de vote qui signe la fin du PS. Un Parti socialiste en dessous de 10 % n’est plus un parti capable de gagner et donc de gérer le pays. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, la radicalité et la responsabilité.

Benoît Hamon reste le vainqueur de la primaire du PS et Manuel Valls le vaincu…

Benoît Hamon est en réalité minoritaire au Parti socialiste. Ce sont des électeurs hors PS qui ont voté Benoît Hamon à la primaire.

Le PS doit-il changer de nom ?

Le PS est à la fin d’un cycle. Quand on change, il faut changer jusqu’au bout. Il faut changer de nom, de pratiques, de modes d’adhésion. Le PS a moins d’adhérents qu’un club de supporteurs de foot.

Quand doit avoir lieu cette clarification ?

Il y aura une recomposition qui ira au-delà de la présidentielle. Ça n’est qu’après les différents scrutins qu’il faudra ouvrir le débat du PS. A chaque jour suffit sa peine. Mais on ne trouvera pas de solutions avec des congrès, des fausses cartes, des scores trafiqués et des insultes. C’est un débat qui doit se trancher sur le fond. Chacun doit aller au bout de sa logique.

Propos recueillis par Myriam Encaoua